LES VOYAGEURS DU XIXe SIÈCLE
PAR
JULES VERNE
COLLECTION J. HETZEL
PAR
JULES VERNE
BIBLIOTHÈQUE
D'ÉDUCATION ET DE RÉCRÉATION
J. HETZEL ET Cie, 18, RUE JACOB
PARIS
Tous droits de traduction et de reproduction réservés.
--------------------------------------------------------
LES VOYAGEURS DU XIXe SIÈCLE
AVERTISSEMENT
L'-Histoire des grands Voyages et des grands Voyageurs-, telle que je
l'avais comprise quand j'en ai publié la première partie, devait avoir
pour but de résumer l'histoire de la DÉCOUVERTE DE LA TERRE. Grâce
aux dernières découvertes, cette histoire va prendre une extension
considérable. Elle comprendra, non seulement toutes les explorations
passées, mais encore toutes les explorations nouvelles qui ont
intéressé le monde savant à des époques récentes. Pour donner à cette
œuvre, forcément agrandie par les derniers travaux des voyageurs
modernes, toutes les garanties qu'elle comporte, j'ai appelé à mon
aide un homme que je considère à bon droit comme un des géographes
les plus compétents de notre époque: M. GABRIEL MARCEL, attaché à la
Bibliothèque Nationale.
Grâce à sa connaissance de quelques langues étrangères qui me sont
inconnues, nous avons pu remonter aux sources mêmes et ne rien
emprunter qu'à des documents absolument originaux. Nos lecteurs feront
donc au concours de M. Marcel la part à laquelle il a droit dans cet
ouvrage, qui mettra en lumière ce qu'ont été tous les grands voyageurs,
depuis Hannon et Hérodote jusqu'aux explorateurs contemporains.
Notre œuvre suivra, à vingt-cinq années de distance, un ouvrage
inspiré par la même pensée: -les Voyageurs anciens et modernes-, de
M. Édouard Charton. Cet utile et excellent ouvrage d'un des hommes
qui ont le plus contribué à faire naître en France le goût des études
géographiques, se compose surtout de choix et d'extraits empruntés aux
relations des principaux voyageurs. On voit en quoi le nôtre en diffère.
JULES VERNE.
LES VOYAGEURS DU XIXe SIÈCLE
PREMIÈRE PARTIE
CHAPITRE PREMIER
L'AURORE D'UN SIÈCLE DE DÉCOUVERTES
Ralentissement des découvertes pendant les luttes de la République
et de l'Empire.--Voyages de Seetzen en Syrie et en Palestine.--Le
Haouran et le périple de la mer Morte.--La Décapole.--Voyage en
Arabie.--Burckhardt en Syrie.--Courses en Nubie sur les deux
rives du Nil.--Pèlerinage à la Mecque et à Médine.--Les Anglais
dans l'Inde.--Webb aux sources du Gange.--Relation d'un voyage
dans le Penjab.--Christie et Pottinger dans le Sindhy.--Les mêmes
explorateurs à travers le Béloutchistan jusqu'en Perse.--Elphinstone
en Afghanistan.--La Perse d'après Gardanne, Ad. Dupré, Morier,
Macdonald-Kinneir, Price et Ouseley.--Guldenstædt et Klaproth dans le
Caucase.--Lewis et Clarke dans les montagnes Rocheuses.--Raffles à
Sumatra et à Java.
La fin du XVIIIe siècle et le commencement du XIXe sont marqués par
un sensible ralentissement dans la voie des grandes découvertes
géographiques.
Nous avons vu la République française organiser l'expédition à la
recherche de La Pérouse et l'importante croisière du capitaine Baudin
sur les côtes de l'Australie. Ce sont là les seuls témoignages
d'intérêt que les passions déchaînées et les luttes fratricides
permirent au gouvernement de donner à cette science pourtant si
française, la géographie.
Plus tard, en Égypte, Bonaparte s'entoura d'un état-major de savants et
d'artistes distingués. Alors furent réunis les matériaux de ce grand et
bel ouvrage qui, le premier, donna une idée exacte, bien qu'incomplète,
de l'antique civilisation de la terre des Pharaons. Mais, lorsque
Napoléon eut complètement «percé sous Bonaparte», l'égoïste souverain,
sacrifiant tout à sa détestable passion, la guerre, ne voulut plus
entendre parler d'explorations, de voyages, de découvertes à faire.
C'étaient de l'argent et des hommes qu'on lui aurait volés. La
consommation qu'il en faisait était trop grande pour qu'il permît
ce futile gaspillage. On le vit bien, lorsqu'il céda pour quelques
millions, aux États-Unis, le dernier débris de notre empire colonial en
Amérique.
Fort heureusement, les autres peuples n'étaient pas opprimés par
cette main de fer. Bien qu'absorbés par leur lutte contre la France,
ils trouvaient encore des volontaires qui étendaient le champ des
connaissances géographiques, constituaient l'archéologie sur des
bases vraiment scientifiques et procédaient aux premières recherches
linguistiques et ethnographiques.
Le savant géographe Malte-Brun, dans un article qu'il publia, en 1817,
en tête des -Nouvelles Annales des Voyages-, marque, minutieusement et
avec une extrême précision, l'état de nos connaissances géographiques
au commencement du XIXe siècle et les nombreux «desiderata» de
la science. Il fait ressortir les progrès déjà accomplis de la
navigation, de l'astronomie, de la linguistique. Bien loin de cacher
ses découvertes, comme l'avait fait par jalousie la Compagnie de la
baie d'Hudson, la Compagnie des Indes fonde des académies, publie des
mémoires, encourage les voyageurs. La guerre elle-même est utilisée,
et l'armée française recueille en Égypte les matériaux d'un immense
ouvrage. On va bientôt le voir, une noble émulation s'est emparée de
tous les peuples.
Il est cependant un pays qui prélude, dès le début de ce siècle,
aux grandes découvertes que ses voyageurs devaient faire, c'est
l'Allemagne. Ses premiers explorateurs procèdent avec tant de soin,
sont doués d'une volonté si ferme et d'un instinct si sûr, qu'ils
ne laissent à leurs successeurs qu'à vérifier et à compléter leurs
découvertes.
Le premier en date est Ulric Jasper Seetzen. Né en 1767 dans
l'Oostfrise, Seetzen, après avoir achevé ses études à Göttingue,
commença par publier quelques essais sur la statistique et sur les
sciences naturelles, pour lesquelles il se sentait un penchant naturel.
Ces publications attirèrent sur lui l'attention du gouvernement, qui le
nomma conseiller aulique dans la province de Tever.
Le rêve de Seetzen, comme le fut plus tard celui de Burckhardt, c'est
un voyage dans l'Afrique centrale; mais il veut y préluder par une
exploration de la Palestine et de la Syrie, pays sur lesquels la
«Palestine association», fondée à Londres en 1805, allait attirer
l'attention. Seetzen n'attendit pas cette époque, et, muni de
nombreuses recommandations, il partit, en 1802, pour Constantinople.
Bien qu'un grand nombre de pèlerins et de voyageurs se fussent succédé
dans la Terre-Sainte et dans la Syrie, on ne possédait encore que des
notions extrêmement vagues sur ces contrées. La géographie physique
n'en était pas suffisamment établie, les observations manquaient, et
certaines régions, telles que le Liban et la mer Morte, n'avaient
jamais été explorées. Quant à la géographie comparée, elle n'existait
vraiment pas encore. Il a fallu les études assidues de l'Association
anglaise et la science de ses voyageurs, pour la constituer. Seetzen,
qui avait poussé ses études de divers côtés, se trouvait donc
admirablement préparé pour explorer ce pays, qui, tant de fois visité,
était réellement un pays neuf.
Après avoir traversé toute l'Anatolie, Seetzen arriva à Alep au mois de
mai 1804. Il y resta près d'une année, s'adonnant à l'étude pratique de
la langue arabe, faisant des extraits des historiens et des géographes
de l'Orient, vérifiant la position astronomique d'Alep, se livrant
à des recherches d'histoire naturelle, recueillant des manuscrits,
traduisant une foule de ces chants populaires et de ces légendes qui
sont si précieux pour la connaissance intime d'une nation.
D'Alep, Seetzen partit, au mois d'avril 1805, pour Damas. Sa première
course le conduisit à travers les cantons de Haouran et de Djolan,
situés au sud-est de cette ville. Jusqu'alors aucun voyageur n'avait
visité ces deux provinces, qui jouèrent pendant la domination romaine
un rôle assez important dans l'histoire des Juifs, sous les noms
d'Auranitis et de Gaulonitis. Seetzen fut le premier à donner une idée
de leur géographie.
Le Liban, Baalbeck furent reconnus par le hardi voyageur; il poussa ses
courses au sud de la Damascène, descendit en Judée, explora la partie
orientale du Hermon, du Jourdain et de la mer Morte. C'était le siège
de ces peuples bien connus dans l'histoire juive, les Ammonites, les
Moabites, les Galadites, les Batanéens, etc. La partie méridionale
de cette contrée portait, au temps de la conquête romaine, le nom de
Pérée, et c'est là que se trouvait la célèbre Decapolis, ou Ligue des
dix villes. Aucun voyageur moderne n'avait visité cette région. Ce fut
pour Seetzen un motif d'y commencer ses recherches.
Ses amis de Damas essayèrent de le dissuader de ce voyage en lui
peignant les difficultés et les dangers d'une route fréquentée par les
Bédouins, mais rien ne pouvait l'arrêter. Cependant, avant de visiter
la Décapole et de constater l'état de ses ruines, Seetzen parcourut un
petit pays, le Ladscha, très mal famé à Damas, à cause des Bédouins qui
l'occupent, mais qui passait pour renfermer des antiquités remarquables.
Parti de Damas le 12 décembre 1805, avec un guide arménien qui l'égara
dès le premier jour, Seetzen, prudemment muni d'un passe-port du pacha,
se fit accompagner de village en village par un cavalier en armes.
«La partie du Ladscha que j'ai vue, dit le voyageur dans une relation
reproduite dans les anciennes -Annales des Voyages-, n'offre, comme le
Haouran, que du basalte, souvent très poreux, et qui forme en plusieurs
endroits de vastes déserts de pierres. Les villages, pour la plupart
détruits, sont situés sur le flanc des rochers. La couleur noire des
basaltes, les maisons, églises et tours écroulées, le défaut total
d'arbres et de verdure, tout donne à ces contrées un aspect sombre et
mélancolique qui remplit l'âme d'une certaine terreur. Presque chaque
village offre, ou des inscriptions grecques, ou des colonnes, ou
quelques autres restes de l'antiquité. (J'ai copié, entre autres, une
inscription de l'empereur Marc-Aurèle.) Les battants des portes sont,
ici comme dans le Haouran, de basalte.»
A peine Seetzen était-il arrivé dans le village de Gérata et goûtait-il
quelques instants de repos, qu'une dizaine d'hommes à cheval lui
annoncèrent qu'ils étaient venus, au nom du vice-gouverneur du Haouran,
pour l'arrêter. Leur maître, Omar-Aga, ayant appris que le voyageur
avait été déjà vu l'année précédente dans le pays, et supposant que ses
passeports étaient faux, leur avait prescrit de le lui amener.
La résistance était impossible. Sans s'émouvoir de cet incident qu'il
considérait comme un simple contre-temps, Seetzen s'avança d'une
journée et demie dans le Haouran, où il rencontra Omar-Aga sur la route
de la caravane de la Mecque.
Fort bien accueilli, le voyageur repartit le lendemain; mais la
rencontre qu'il fit en route de plusieurs troupes d'Arabes, auxquelles
il imposa par sa contenance, lui laissa la certitude qu'Omar-Aga avait
voulu le faire dépouiller.
De retour à Damas, Seetzen eut grand'peine à trouver un guide
qui consentît à l'accompagner dans son voyage le long de la rive
orientale du Jourdain et autour de la mer Morte. Cependant, un certain
Yusuf-al-Milky, de religion grecque, qui avait fait, pendant une
trentaine d'années, le commerce avec les tribus arabes et parcouru les
cantons que Seetzen voulait visiter, consentit à l'accompagner.
Ce fut le 19 janvier 1806 que les deux voyageurs quittèrent Damas.
Seetzen n'emportait pour tout bagage que quelques hardes, les livres
indispensables, du papier pour sécher les plantes et l'assortiment de
drogues nécessaire à son caractère supposé de médecin. Il avait revêtu
le costume d'un cheik de seconde classe.
Les deux districts de Rascheia et d'Hasbeia, situés au pied du mont
Hermon, dont la cime disparaissait alors sous une couche de neige,
furent ceux que Seetzen explora les premiers, parce qu'ils étaient les
moins connus de la Syrie.
De l'autre côté de la montagne, le voyageur visita successivement
Achha, village habité par des Druses; Rascheia, résidence de l'émir;
Hasbeia, où il descendit chez le savant évêque grec de Szur ou Szeida,
pour lequel il avait une lettre de recommandation. L'objet qui attira
le plus particulièrement l'attention du voyageur en ce pays montagneux
fut une mine d'asphalte, matière «qu'on emploie ici pour garantir les
vignes des insectes.»
De Hasbeia, Seetzen gagna ensuite Baniass, l'ancienne Cæsarea
Philippi, aujourd'hui misérable hameau d'une vingtaine de cabanes. Si
l'on pouvait encore retrouver les traces de son mur d'enceinte, il n'en
était pas de même des restes du temple magnifique qui fut élevé par
Hérode en l'honneur d'Auguste.
La rivière de Baniass passait, dans l'opinion des anciens, pour la
source du Jourdain, mais c'est la rivière d'Hasbeny qui, formant la
branche la plus longue du Jourdain, doit mériter ce nom. Seetzen la
reconnut, ainsi que le lac Méron ou Samachonitis de l'antiquité.
A cet endroit, il fut abandonné à la fois par ses muletiers, qui
pour rien au monde n'auraient voulu l'accompagner jusqu'au pont
Dschir-Behat-Jakub, et par son guide Yusuf, qu'il dut envoyer par la
grande route l'attendre à Tibériade, tandis que lui-même s'avançait à
pied vers ce pont si redouté, suivi d'un seul Arabe.
Mais, à Dschir-Behat-Jakub, Seetzen ne pouvait trouver personne qui
voulût l'accompagner sur la rive orientale du Jourdain, lorsqu'un
indigène, apprenant sa qualité de médecin, le pria de venir visiter
son cheik, attaqué d'ophtalmie, qui demeurait sur le rivage oriental du
lac de Tibériade.
Seetzen n'eut garde de refuser cette occasion, et bien lui en prit, car
il observa à loisir la mer de Tibériade et la rivière Wady-Szemmak, non
sans avoir risqué d'être dévalisé et assassiné par son guide. Il put
enfin arriver à Tibériade, la Tabaria des Arabes, où Yusuf l'attendait
depuis plusieurs jours.
«La ville de Tibériade, dit Seetzen, est située immédiatement sur les
bords du lac de ce nom; et du côté de la terre elle est entourée d'un
bon mur de pierres de taille de basalte; malgré cela, elle mérite à
peine le nom de bourg. On n'y retrouve aucune trace de son antique
splendeur, mais on reconnaît les ruines de l'ancienne ville qui
s'étendent jusqu'aux bains chauds situés à une lieue vers l'est. Le
fameux Djezar-Pacha a fait construire une salle de bains au-dessus
de la source principale. Si ces bains étaient situés en Europe, ils
obtiendraient probablement la préférence sur tous les bains connus. La
vallée dans laquelle se trouve le lac, favorise, par la concentration
de la chaleur, la végétation des dattiers, des citronniers, des
orangers et de l'indigo, pendant que le terrain plus élevé pourrait
fournir les productions des climats tempérés.»
A l'ouest de la pointe méridionale du lac gisent les débris de
l'ancienne ville de Tarichœa. C'est là que commence la belle plaine
El-Ghor, entre deux chaînes de montagnes, plaine peu cultivée, que
parcourent des Arabes nomades.
Seetzen continua sans incident remarquable son voyage à travers la
Décapole, si ce n'est qu'il dut se déguiser en mendiant pour échapper à
la rapacité des indigènes.
«Je mis sur ma chemise, dit-il, un vieux kambas ou robe de chambre
et par-dessus une vieille chemise bleue et déchirée de femme; je me
couvris la tête de quelques lambeaux et les pieds de savates. Un vieux
-abbaje- en loques, jeté sur les épaules, me garantissait contre le
froid et la pluie, et une branche d'arbre me servait de bâton. Mon
guide, chrétien grec, prit à peu près le même costume, et c'est dans
cet état que nous parcourûmes le pays pendant dix jours, souvent
arrêtés par des pluies froides qui nous mouillèrent jusqu'à la peau. Je
fus même obligé de marcher toute une journée, pieds nus, dans la boue,
parce qu'il m'était impossible de me servir de mes savates sur cette
terre grasse et toute détrempée par l'eau.»
Draa, qu'on rencontre un peu plus loin, n'est plus qu'un amas de ruines
désertes, et l'on n'y trouve aucun reste des monuments qui la rendaient
célèbre autrefois.
Le district d'El-Botthin, qui vient ensuite, renferme plusieurs
milliers de cavernes, creusées dans le roc, qu'occupaient ses anciens
habitants. Il en était encore à peu près de même lors du passage de
Seetzen.
Mkês était jadis une ville riche et considérable, comme le prouvent
ses débris très nombreux de colonnes et ses sarcophages. Seetzen
l'identifie avec Gadara, une des villes secondaires de la Décapolitaine.
A quelques lieues de là, sont situées les ruines d'Abil, l'Abila
des anciens. Seetzen ne put déterminer son guide Aoser à s'y
rendre, effrayé qu'il était des bruits qui couraient sur les Arabes
Beni-Szahar. Il dut donc aller seul.
«Elle est totalement ruinée et abandonnée, dit le voyageur; il n'y a
plus un seul édifice sur pied, mais les ruines et les débris attestent
sa splendeur passée. On y trouve de beaux restes de l'ancienne enceinte
et une quantité de voûtes et de colonnes de marbre, de basalte et de
granit gris. Au delà de cette enceinte, je trouvai un grand nombre de
colonnes, dont deux d'une grandeur extraordinaire. J'en conclus qu'il y
avait ici un temple considérable.»
En sortant du district d'El-Botthin, Seetzen entra dans celui
d'Edschlun. Il ne tarda pas à découvrir les ruines importantes de
Dscherrasch, qui peuvent être comparées à celles de Palmyre et de
Baalbek.
[Illustration: CARTE DE L'EGYPTE, DE LA NUBIE et d'une partie de L'ARABIE.
-Gravé par E. Morieu, 23 r. de Bréa, Paris-]
«On ne saurait s'expliquer, dit Seetzen, comment cette ville, autrefois
si célèbre, a pu échapper jusqu'ici à l'attention des amateurs de
l'antiquité. Elle est située dans une plaine ouverte, assez fertile
et traversée par une rivière. Avant d'y entrer, je trouvai plusieurs
sarcophages avec de très beaux bas-reliefs, parmi lesquels j'en
remarquai un sur le bord du chemin avec une inscription grecque. Les
murs de la ville sont absolument écroulés, mais on reconnaît encore
toute leur étendue, qui peut avoir été de trois quarts et même d'une
lieue. Ces murs étaient entièrement construits de pierres de taille de
marbre. L'espace intérieur est inégal et s'abaisse vers la rivière.
Aucune maison particulière n'a été conservée; en revanche, je remarquai
plusieurs édifices publics, qui se distinguaient par une très belle
architecture. J'y trouvai deux superbes amphithéâtres, construits
solidement en marbre, avec des colonnes, des niches, etc., le tout
bien conservé; quelques palais, et trois temples, dont l'un avait un
péristyle de douze grandes colonnes d'ordre corinthien dont onze sont
encore sur pied. Dans un autre de ces temples, je vis une colonne
renversée, du plus beau granit d'Égypte poli. J'ai encore trouvé une
belle porte de ville, bien conservée, formée de trois arcades et ornée
de pilastres. Le plus beau monument que j'y trouvai était une rue
longue, croisée par une autre et garnie des deux côtés d'une file de
colonnes de marbre d'ordre corinthien et dont une des extrémités se
terminait en une place semi-circulaire entourée de soixante colonnes
d'ordre ionique..... Au point où les deux rues se croisent, on voit
dans chacun des quatre angles un grand piédestal de pierre de taille
qui portait apparemment autrefois des statues..... On reconnaît encore
une partie du pavé, construit de grandes pierres de taille. En général,
je comptai près de deux cents colonnes, qui supportent en partie encore
leur entablement; mais le nombre de celles qui sont renversées est
infiniment plus considérable, car je ne vis que la moitié de l'étendue
de la ville, et l'on trouvera probablement dans l'autre moitié, au delà
de la rivière, encore une quantité de curiosités remarquables.»
[Illustration: Jérusalem. (Page 10.)]
Suivant Seetzen, Dscherrasch ne peut être que l'ancienne Gerasa, ville
qui avait jusqu'alors été placée d'une façon très défectueuse sur
toutes les cartes.
Le voyageur traversa bientôt la Serka, le Jabek des historiens hébreux,
qui formait la limite septentrionale du pays des Ammonites, pénétra
dans le district d'El-Belka, pays autrefois florissant, mais alors
absolument inculte et désert, où l'on ne trouve qu'un seul bourg,
Szalt, l'ancienne Amathuse. Seetzen visita ensuite Amman, célèbre, sous
le nom de Philadelphia, parmi les villes décapolitaines, où l'on trouve
encore de belles antiquités; Eléale, ancienne ville des Amorites;
Madaba, qui portait le nom de Madba au temps de Moïse; le mont Nebo,
Diban, le pays de Karrak, patrie des Moabites; les ruines de Robba,
(Rabbath), résidence des anciens rois du pays, et il arriva, après de
nombreuses fatigues, à travers un pays montueux, dans la région située
à l'extrémité méridionale de la mer Morte et nommée Gor-es-Szophia.
La chaleur était très forte, et il fallait traverser de grandes plaines
de sel que n'arrose aucun cours d'eau. Ce fut le 6 avril que Seetzen
arriva à Bethléem et peu après à Jérusalem, non sans avoir terriblement
souffert de la soif, mais après avoir traversé des contrées infiniment
curieuses, qu'aucun voyageur moderne n'avait jusqu'alors parcourues.
En même temps, il avait recueilli de précieuses informations sur la
nature des eaux de la mer Morte, réfuté bien des fables grossières,
redressé bien des erreurs des cartes les plus précises, contribué à
l'identification de mainte cité antique de la Perœa, et constaté
l'existence de ruines nombreuses qui témoignaient du degré de
prospérité atteinte par cette région sous la domination romaine.
Le 25 juin 1806, Seetzen quittait Jérusalem et rentrait par mer à
Saint-Jean-d'Acre.
«Cette traversée avait été un véritable voyage de découvertes,» dit M.
Vivien de Saint-Martin dans un article de la -Revue Germanique- de 1858.
Mais, ces découvertes, Seetzen ne voulut pas les laisser incomplètes.
Dix mois plus tard, il faisait une seconde fois le tour du lac
Asphaltite, et, par ce nouveau voyage, ajoutait beaucoup à ses
premières observations.
Le voyageur gagna ensuite Le Caire, où il séjourna deux années
entières. Là, il acheta la plupart des manuscrits orientaux qui
font la richesse de la bibliothèque de Gotha, recueillit tous les
renseignements possibles sur les pays de l'intérieur, mais guidé par
un instinct très sûr, et n'accueillant que ceux qui semblaient revêtir
tous les caractères d'une certitude presque absolue.
Ce repos relatif, bien que si éloigné de l'oisiveté, ne pouvait
longtemps convenir à l'insatiable soif de découvertes de Seetzen. Au
mois d'avril 1809, il quittait définitivement la capitale de l'Égypte,
se dirigeant vers Suez et la presqu'île du Sinaï, qu'il comptait
visiter avant de pénétrer en Arabie. Pays fort peu connu, l'Arabie
n'avait été visitée que par des négociants malouins, venus sur place
pour acheter la «fèvre de Moka». Jusqu'à Niebuhr, aucune expédition
scientifique n'avait été organisée pour étudier la géographie du pays
et les mœurs des habitants.
C'est au professeur Michälis, auquel manquaient certains renseignements
pour éclaircir quelques passages de la Bible, qu'est dû l'envoi de
cette expédition, défrayée par la munificence du roi de Danemark,
Frédéric V.
Composée du mathématicien von Haven, du naturaliste Forskaal,
du médecin Cramer, du peintre Braurenfeind et de l'officier du
génie Niebuhr, cette réunion d'hommes sérieux et savants répondit
admirablement à ce qu'on avait attendu d'elle.
De 1762 à 1764, ils visitèrent l'Égypte, le mont Sinaï, Djedda,
débarquèrent à Loheia et pénétrèrent dans l'intérieur de l'Arabie
heureuse, explorant le pays chacun selon sa spécialité. Mais les
fatigues et les maladies eurent raison de ces intrépides voyageurs, et
bientôt Niebuhr resta seul pour utiliser les observations recueillies
par lui-même et par ses compagnons. Son ouvrage est une mine
inépuisable qu'on peut encore aujourd'hui consulter avec fruit.
On voit que Seetzen avait fort à faire pour reléguer dans l'oubli le
voyage de son devancier. Pour atteindre ce but, il ne recula devant
aucun moyen. Le 31 juillet, après avoir fait profession publique de
l'islamisme, il s'embarquait à Suez pour la Mecque, et il comptait
pénétrer dans cette ville sous l'habit de pèlerin. Tor et Djedda furent
les deux escales qui précédèrent l'entrée de Seetzen dans la cité
sainte. Il fut d'ailleurs singulièrement frappé de l'affluence des
fidèles et du caractère si étrangement particulier de cette ville, qui
vit du culte et par le culte.
«Tout cet ensemble, dit le voyageur, fit naître en moi une émotion vive
que je n'éprouvai nulle part ailleurs.»
Il est inutile d'insister sur cette partie du voyage, non plus que
sur l'excursion à Médine. C'est au récit si précis et si véridique
de Burckhardt que sera empruntée la description de ces saints lieux.
D'ailleurs, nous n'avons longtemps possédé des travaux de Seetzen
que les extraits publiés dans les -Annales des Voyages- et dans la
-Correspondance- du baron de Zach. Ce n'est qu'en 1858 que furent
édités en allemand, d'une manière bien incomplète d'ailleurs, les
journaux de voyage de Seetzen.
De Médine, le voyageur revint à la Mecque, où il se livra à l'étude
secrète de la ville, des cérémonies du culte, et à quelques
observations astronomiques, qui servirent à déterminer la position de
cette capitale de l'islamisme.
Le 23 mars 1810, Seetzen était rentré à Djedda, puis il s'embarquait,
avec l'Arabe qui lui avait servi d'instituteur à la Mecque, pour
Hodéida, un des principaux ports de l'Yemen. Après avoir passé par
Beith-el-Fakih, le canton montagneux où l'on cultive le café, après
avoir été retenu près d'un mois à Doran par la maladie, Seetzen entra
le 2 juin dans Saana, la capitale de l'Yemen, qu'il appelle la plus
belle ville de l'Orient. Le 22 juillet, il descendait jusqu'à Aden,
et, en novembre, il était à Moka, d'où sont datées les dernières
lettres qu'on reçut de lui. Rentré dans l'Yemen, il fut, comme Niebuhr,
dépouillé de ses collections et de ses bagages, sous le prétexte
qu'il récoltait des animaux, afin d'en composer un philtre destiné à
empoisonner les sources.
Mais Seetzen ne voulut pas se laisser dépouiller sans rien dire. Il
partit immédiatement pour Saana, où il comptait exposer à l'iman ses
réclamations. On était au mois de décembre 1811. Quelques jours plus
tard, le bruit de sa mort subite à Taes se répandait et ne tarda pas à
venir aux oreilles des Européens qui fréquentaient les ports arabes.
A qui faut-il faire remonter la responsabilité de cette mort? A
l'iman ou à ceux qui avaient dévalisé l'explorateur? Peu nous importe
aujourd'hui; mais il est permis de regretter qu'un voyageur si bien
organisé, déjà au courant des habitudes et des mœurs arabes, n'ait pu
pousser plus loin ses explorations, et que la plus grande partie de ses
journaux et de ses observations ait été à jamais perdue.
«Seetzen, dit M. Vivien de Saint-Martin, était, depuis Ludovico
Barthema (1503), le premier voyageur qui eût été à la Mecque, et aucun
Européen, avant lui, n'avait vu la cité sainte de Médine, consacrée par
le tombeau du Prophète.»
On comprend, par là, tout le prix qu'aurait eu la relation de ce
voyageur désintéressé, bien informé et véridique.
Au moment où une mort inopinée mettait fin à la mission que s'était
tracée Seetzen, Burckhardt s'élançait sur ses traces, et, comme
celui-ci l'avait fait, préludait par des courses en Syrie, à une longue
et minutieuse exploration de l'Arabie.
«C'est une chose peu commune dans l'histoire de la science, dit M.
Vivien de Saint-Martin, de voir deux hommes d'une aussi haute valeur
se succéder ou plutôt se continuer ainsi dans la même carrière.
Burckhardt, en effet, allait suivre, sur beaucoup de points, la trace
que Seetzen avait ouverte, et, longtemps secondé par des circonstances
favorables qui lui permirent de multiplier ses courses exploratrices,
il a pu ajouter considérablement aux découvertes connues de son
prédécesseur.»
Bien que Jean-Louis Burckhardt ne soit pas anglais, puisqu'il naquit à
Lausanne, il n'en doit pas moins être classé parmi les voyageurs de la
Grande-Bretagne. C'est en effet grâce à ses relations avec sir Joseph
Banks, le naturaliste compagnon de Cook, avec Hamilton, secrétaire de
l'Association africaine, et au concours empressé qu'ils lui prêtèrent,
que Burckhardt fut mis en état de voyager utilement.
D'une instruction étendue, dont il avait puisé les premiers éléments
aux universités de Leipzig, de Göttingue, où il suivit les cours de
Blumenbach, et plus tard de Cambridge, où il apprit l'arabe, Burckhardt
s'embarqua, en 1809, pour l'Orient. Afin de se préparer aux misères
de la vie du voyageur, il s'était volontairement astreint à de longs
jeûnes, condamné au supplice de la soif, et avait choisi pour oreillers
les pavés des rues de Londres, ou pour lit la poussière des routes.
Mais qu'étaient ces puériles tentatives d'entraînement comparées aux
misères de l'apostolat scientifique?
Parti de Londres pour la Syrie, où il devait se perfectionner dans la
langue arabe, Burckhardt avait le projet de se rendre ensuite au Caire,
et de gagner le Fezzan par le chemin autrefois frayé par Hornemann. Une
fois arrivé dans ce pays, les circonstances lui prescriraient quelle
route il conviendrait de suivre.
Après avoir pris le nom d'Ibrahim-Ibn-Abdallah, Burckhardt se fit
passer pour un Indien musulman. Afin de faire admettre ce déguisement,
le voyageur dut recourir à plus d'une supercherie. Une notice
nécrologique, parue dans les -Annales des Voyages-, raconte que,
lorsqu'on le priait de parler indien, Burckhardt ne manquait pas de
s'énoncer en allemand. Un drogman italien, qui le soupçonnait d'être
giaour, alla jusqu'à lui tirer la barbe, insulte la plus grave que l'on
puisse faire à un musulman. Burckhardt était tellement entré dans la
peau du personnage, qu'il répondit instantanément par un coup de poing
magistral, qui, envoyant rouler le pauvre drogman à dix pas, mit les
rieurs du côté du voyageur et les convainquit de sa sincérité.
De septembre 1809 à février 1812, Burckhardt résida à Alep,
n'interrompant ses études sur la langue et les mœurs syriennes
que pour une excursion de six mois à Damas, à Palmyre et dans le
Haouran,--pays que Seetzen avait seul visité avant lui.
On raconte que, pendant une course qu'il fit dans le Zor, canton
situé au nord-est d'Alep, sur les bords de l'Euphrate, Burckhardt fut
dépouillé de son bagage et de ses vêtements par une bande de pillards.
Il ne lui restait plus que sa culotte, lorsque la femme d'un chef,
qui n'avait pas eu sa part du butin, voulut lui enlever ce vêtement
indispensable.
«Ces courses, dit la -Revue Germanique-, nous ont valu une masse
considérable de renseignements sur des pays dont on n'avait jusqu'alors
quelque notion que par les communications encore incomplètes de
Seetzen. Même dans les cantons déjà fréquemment visités, l'esprit
observateur de Burckhardt savait recueillir nombre de faits
intéressants, que le commun des voyageurs avait négligés... Ces
précieux matériaux eurent pour éditeur le colonel Martin-William Leake,
lui-même voyageur distingué, savant géographe et profond érudit....»
Burckhardt avait vu Palmyre et Baalbek, les pentes du Liban et la
vallée de l'Oronte, le lac Hhouleh et les sources du Jourdain. Il avait
signalé pour la première fois un grand nombre d'anciens sites. Ses
indications, notamment, nous conduisent avec certitude à l'emplacement
de la célèbre Apamée, quoique lui-même et son savant éditeur se soient
trompés dans l'application de ces données. Enfin ses courses dans
l'Auranitis sont également riches, même après celles de Seetzen, en
renseignements géographiques et archéologiques qui font connaître
le pays dans son état actuel, et jettent de vives lumières sur la
géographie comparée de toutes les époques.
En 1812, Burckhardt quitte Damas, visite la mer Morte, la vallée
d'Acaba et le vieux port d'Aziongaber, régions aujourd'hui sillonnées
par des bandes d'Anglais, le -Murray-, le -Cook- ou le -Bædeker- à la
main, mais qu'on ne pouvait alors parcourir qu'au péril de la vie.
C'est dans une vallée latérale que le voyageur retrouva les ruines
imposantes de Petra, l'antique capitale de l'Arabie Pétrée.
A la fin de l'année, Burckhardt était au Caire. Ne jugeant pas à propos
de se joindre à la caravane qui partait pour le Fezzan, il se sentit
tout particulièrement attiré par la Nubie, contrée bien autrement
curieuse pour l'historien, le géographe et l'archéologue. Berceau de
la civilisation égyptienne, elle n'avait encore été visitée, depuis le
Portugais Alvarès, que par les Français Poncet et Lenoir Duroule, à la
fin du XVIIe et au commencement du XVIIIe siècle, par Bruce, dont le
récit avait été tant de fois mis en doute, et par Norden, qui n'avait
pas dépassé Derr.
En 1813, Burckhardt explore le Nouba propre, le pays de Kennour et le
Mohass. Cette excursion ne lui coûta que quarante-deux francs, somme
bien modique, si on la compare aux prix qu'atteignent aujourd'hui les
moindres tentatives de voyage en Afrique. Il est vrai que Burckhardt
savait se contenter pour tout dîner d'une poignée de dourrah (millet)
et que tout son cortège se composait de deux dromadaires.
En même temps que lui, deux Anglais, MM. Legh et Smelt, parcouraient le
pays, semant l'or et les présents sous leurs pas, et rendant ainsi bien
coûteuse la tâche de leurs successeurs.
Burckhardt franchit les cataractes du Nil.
«Un peu plus loin, dit la relation, près d'un endroit nommé
Djebel-Lamoule, les guides arabes ont l'usage d'exiger un présent
extraordinaire de celui qu'ils conduisent. Voici comment ils s'y
prennent: ils font halte, mettent pied à terre, et forment un petit tas
de sable et de cailloux à l'instar de celui que les Nubiens mettent sur
leurs tombeaux; ils appellent cela -creuser le tombeau du voyageur-».
Cette démonstration est suivie d'une demande impérieuse. M. Burckhardt,
ayant vu son guide commencer cette opération, se mit tranquillement à
l'imiter; puis il lui dit: «Voilà ton tombeau, car puisque nous sommes
frères, il est juste que nous soyons enterrés ensemble.» L'Arabe ne put
s'empêcher de rire; on détruisit réciproquement les travaux sinistres,
et on remonta sur les chameaux, aussi bons amis qu'auparavant. L'Arabe
cita le vers du Coran qui dit: «Aucun mortel ne connaît le coin de
terre où sera creusé son tombeau.»
Burckhardt aurait bien voulu pénétrer dans le Dongolah; mais il dut se
contenter de recueillir des renseignements, d'ailleurs intéressants,
sur le pays et sur les Mamelouks qui s'y étaient réfugiés après le
massacre de cette puissante milice, ordonné par le pacha d'Égypte,
exécuté par ses Arnautes.
Les ruines de temples et de villes antiques arrêtent à chaque instant
le voyageur; il n'en est pas de plus curieuses que celles d'Ibsamboul.
«Le temple, dit la relation, placé immédiatement sur les bords du
fleuve (le Nil), est précédé de six figures colossales debout, ayant,
depuis le sol jusqu'aux genoux, six pieds et demi; elles reproduisent
Isis et Osiris en diverses situations... Toutes les murailles et les
chapiteaux des colonnes sont couverts de peintures ou de sculptures
hiéroglyphiques, dans lesquelles Burckhardt crut reconnaître le
style d'une haute antiquité. Tout cela est taillé dans le roc vif.
Les figures paraissent avoir été peintes en jaune et les cheveux en
noir. A deux cents yards de ce temple, on aperçoit les restes d'un
monument encore plus colossal; ce sont quatre figures immenses, presque
ensevelies dans les sables, de manière qu'on ne peut déterminer si
elles sont debout ou assises...»
Mais à quoi bon nous attarder à la description de monuments aujourd'hui
connus, mesurés, dessinés, photographiés? Les récits des voyageurs de
cette époque n'ont d'autre intérêt que de nous indiquer l'état des
ruines et de nous faire voir les changements que les déprédations des
Arabes y ont apportés depuis lors.
[Illustration: «Voilà ton tombeau...» (Page 15.)]
L'espace parcouru par Burckhardt, en cette première excursion, ne
comprend que les bords du Nil, lisière extrêmement étroite, suite de
petites vallées qui viennent aboutir au fleuve. Il estime la population
de la contrée à cent mille individus, disséminés sur une bande de terre
cultivable de quatre cent cinquante milles de long, sur un quart de
mille de large.
[Illustration: Portrait de Burckhardt. (-Fac-simile. Gravure
ancienne.-)]
«Les hommes sont généralement bien faits, forts et musculeux, un
peu au-dessous des Égyptiens par la taille, n'ayant que peu de
barbe et point de moustaches, mais seulement un filet de barbe
sous le menton. Ils sont doués d'une physionomie agréable, et ils
surpassent les Égyptiens, tant en courage qu'en intelligence. Curieux
et questionneurs, ils sont étrangers à l'habitude du vol. Ils vont
quelquefois ramasser en Égypte, à force de travail, une petite fortune;
mais ils n'ont pas l'esprit du commerce. Les femmes partagent les mêmes
avantages physiques; il en est de jolies et toutes sont bien faites;
la douceur est peinte sur leurs traits, et elles y joignent un grand
sentiment de pudeur. M. Denon a trop déprécié les Nubiens, mais il
est vrai de dire que leur physique varie de canton à canton; là où le
terrain cultivable a beaucoup de largeur, ils sont bien faits; dans
les endroits où le terrain fertile n'est qu'une lisière étroite,
les habitants semblent aussi diminuer de force, et quelquefois ils
ressemblent à des squelettes ambulants.»
Le pays gémissait sous le joug despotique des Kachefs, descendants du
commandant des Bosniaques, qui ne payaient qu'un faible tribut annuel à
l'Égypte. Ce n'en était pas moins pour eux un prétexte pour pressurer
le malheureux fellah. Burckhardt donne un exemple assez curieux du
sans-façon insolent avec lequel les Kachefs procédaient à leurs razzias.
«Hassan-Kachef, dit-il, avait besoin d'orge pour ses chevaux; il va
se promener dans les champs, suivi d'un grand nombre d'esclaves;
il rencontre près d'une belle pièce d'orge le paysan qui en était
possesseur. «Vous cultivez mal vos terres, s'écrie-t-il, vous semez de
l'orge dans ce champ où vous auriez pu récolter d'excellents melons
d'eau qui vaudraient le double. Allez, voici de la graine à melons (et
il en donna une poignée au paysan), ensemencez votre champ, et vous,
esclaves, arrachez cette vilaine orge et portez-la chez moi.»
Au mois de mars 1814, après avoir pris un peu de repos, Burckhardt
entreprit une nouvelle exploration, non plus cette fois sur les bords
du Nil, mais bien dans le désert de Nubie. Jugeant que la sauvegarde
la plus efficace est la pauvreté, le prudent voyageur renvoya son
domestique, vendit son chameau, et, se contentant d'un seul âne,
rejoignit une caravane de pauvres marchands.
La caravane partit de Daraou, village habité moitié par des Fellahs,
moitié par des Ababdés. Le voyageur eut fort à se plaindre des
premiers, non parce qu'ils voyaient en lui un Européen, mais au
contraire parce qu'ils le prenaient pour un Turc syrien, venu dans
l'intention de s'emparer d'une partie du commerce des esclaves, dont
ils avaient le monopole.
Il est inutile de rappeler ici le nom des puits, des collines ou des
vallées de ce désert. Nous préférons résumer, d'après le voyageur,
l'aspect physique de la contrée.
Bruce, qui l'avait parcourue, la dépeint sous des couleurs trop sombres
et il exagère, pour s'en faire un mérite, les difficultés de la route.
Si l'on en croit Burckhardt, celle-ci serait moins aride que le chemin
d'Alep à Bagdad ou de Damas à Médine. Le désert nubien n'est pas une
plaine de sable sans limites, dont nul accident ne vient rompre la
désolante monotonie. Il est semé de rochers dont quelques-uns n'ont
pas moins de deux à trois cents pieds de haut, et qui sont ombragés de
place en place d'énormes touffes de doums ou d'acacias. La végétation
si grêle de ces arbres n'est qu'un abri trompeur contre les rayons
verticaux du soleil. Aussi le proverbe arabe a-t-il soin de dire:
«Compte sur la protection d'un grand et sur l'ombre de l'acacia.»
Ce fut à Ankheyre ou Ouadi-Berber que la caravane atteignit le Nil,
après avoir passé par Schiggre, où se trouve une des meilleures sources
au milieu des montagnes. En résumé, le seul danger que présente la
traversée de ce désert, c'est de trouver à sec le puits de Nedjeym, et,
à moins de s'écarter de la route, ce qui est difficile avec de bons
guides, on ne rencontre pas d'obstacles sérieux.
La description des souffrances éprouvées par Bruce en cet endroit
doit donc être singulièrement atténuée, bien que le récit du voyageur
écossais soit le plus souvent respectueux de la vérité.
Les habitants du pays de Berber semblent être les Barbarins de Bruce,
les Barabras de d'Anville et les Barauras de Poncet. Leurs formes sont
belles, leurs traits entièrement différents de ceux des nègres. Ils
maintiennent cette pureté du sang en ne prenant pour femmes légitimes
que des filles de leur tribu ou de quelque autre peuplade arabe.
La peinture que Burckhardt fait du caractère et des mœurs de cette
tribu, pour être fort curieuse, n'est rien moins qu'édifiante.
Il serait difficile de donner une idée de la corruption et de
l'avilissement des habitants de Berber. Entrepôt de commerce,
rendez-vous de caravanes, dépôt d'esclaves, cette petite ville a tout
ce qu'il faut pour être un véritable repaire de bandits.
Les commerçants de Daraou, sur la protection desquels Burckhardt avait
jusqu'alors compté, bien à tort, car ils cherchaient tous les moyens de
l'exploiter, le chassèrent de leur compagnie en sortant de Berber, et
le voyageur dut chercher protection auprès des guides et des âniers,
qui l'accueillirent volontiers.
Le 10 avril, la caravane fut rançonnée par le Mek de Damer, un peu au
sud du confluent du Mogren (le Mareb de Bruce). C'est un village de
Fakirs, propre et bien tenu, qui contraste agréablement avec la saleté
et les ruines de Berber. Ces Fakirs s'adonnent à toutes les pratiques
de la sorcellerie, de la magie et au charlatanisme le plus effronté.
L'un d'eux, dit-on, avait même fait bêler un agneau dans l'estomac
de l'homme qui l'avait dérobé et mangé. Ces populations ignorantes
ajoutent une entière foi à ces prodiges, et il faut avouer à regret que
cela contribue singulièrement au bon ordre, à la tranquillité de la
ville, à la prospérité du pays.
De Damer, Burckhardt gagna Schendy, où il séjourna un mois entier, sans
que personne soupçonnât sa qualité d'infidèle. Peu importante lors du
voyage de Bruce, Schendy possédait alors un millier de maisons. Il
s'y fait un commerce considérable, où le dourrah, les esclaves et les
chameaux remplacent le numéraire. Les articles les plus offerts sont de
la gomme, de l'ivoire, de l'or en lingots et des plumes d'autruche.
Le nombre d'esclaves vendus annuellement à Schendy s'élèverait, selon
Burckhardt, à cinq mille, dont deux mille cinq cents pour l'Arabie,
quatre cents pour l'Égypte, mille pour Dongola et le littoral de la mer
Rouge.
Le voyageur profita de son séjour à la frontière du Sennaar pour
recueillir quelques informations sur ce royaume. On lui raconta, entre
autres particularités curieuses, que le roi, ayant un jour invité
l'ambassadeur de Méhémet-Ali à une revue de sa cavalerie qu'il croyait
formidable, l'envoyé lui demanda la permission de le faire assister
à l'exercice de l'artillerie turque. A la première décharge de deux
petites pièces de campagne montées sur des chameaux, la cavalerie,
l'infanterie, les curieux, la cour et le roi lui-même s'enfuirent
épouvantés!
Burckhardt vendit sa petite pacotille; puis, lassé des persécutions des
marchands égyptiens, ses compagnons de route, il joignit la caravane
de Souakim dans le but de parcourir le pays absolument inconnu qui
sépare cette dernière ville de Schendy. A Souakim, le voyageur comptait
s'embarquer pour la Mecque, dans l'espoir que le Hadji lui serait de la
plus grande utilité pour la réalisation de ses projets ultérieurs.
«Les Hadjis, dit-il, forment un corps, et personne n'ose en attaquer un
membre, crainte de se les mettre tous sur les bras.»
La caravane à laquelle se joignit Burckhardt était forte de cent
cinquante marchands et trois cents esclaves. Deux cents chameaux
emportaient de lourdes charges de tabac et de «dammour,» étoffe
fabriquée dans le Sennaar.
Le premier objet intéressant qui frappa notre voyageur fut l'Atbara,
dont les bords frangés de grands arbres reposaient agréablement les
yeux des déserts arides jusque-là traversés.
Le cours du fleuve fut suivi jusqu'à la fertile contrée de Taka. La
peau blanche du cheik Ibrahim,--on sait que tel était le nom pris par
Burckhardt,--excitait dans plus d'un village les cris d'horreur de la
gent féminine, peu habituée à voir des Arabes.
«Un jour, raconte le voyageur, une fille de la campagne, à laquelle
j'avais acheté des oignons, me dit qu'elle m'en donnerait davantage,
si je voulais me décoiffer et lui montrer ma tête. J'en exigeai huit,
qu'elle me livra sur-le-champ. Quand elle vit, mon turban ôté, une tête
blanche et tout à fait rasée, elle recula d'horreur, et sur ce que je
lui demandai, par plaisanterie, si elle voudrait d'un mari qui eût
une tête semblable, elle exprima le plus grand dégoût et jura qu'elle
préférerait le plus laid des esclaves amenés du Darfour.»
Un peu avant Goz-Radjeb, Burckhardt aperçut un monument qu'on lui dit
être une église ou un temple, car le mot dont on se servit a les deux
acceptions. Il se précipitait de ce côté, lorsque ses compagnons le
rappelèrent en lui criant:
«Tout est plein de brigands dans les environs, tu ne peux faire cent
pas sans être attaqué.»
Etait-ce un temple égyptien? n'était-ce pas plutôt un monument de
l'empire d'Axoum? C'est ce que le voyageur ne put décider.
La caravane parvint enfin dans le pays de Taka ou El-Gasch, grande
plaine inondée, de juin à juillet, par la crue de petites rivières,
dont le limon est d'une fertilité merveilleuse. Aussi recherche-t-on le
dourrah qui y pousse et se vend-il à Djeddah vingt pour cent plus cher
que le meilleur millet d'Égypte.
Les habitants, appelés Hadendoa, sont traîtres, voleurs, sanguinaires,
et leurs femmes sont presque aussi corrompues que celles de Schendy et
de Berber.
Lorsque l'on quitte Taka pour gagner Souakim et le bord de la mer
Rouge, il faut traverser une chaîne de montagnes de calcaire où l'on ne
rencontre le granit qu'à Schinterab. Cette chaîne ne présente aucune
difficulté. Aussi le voyageur arriva-t-il sans encombre à Souakim le 26
mai.
Mais les misères que Burckhardt devait éprouver n'étaient pas finies.
L'émir et l'aga s'étaient entendus pour le dépouiller, et il était
traité comme le dernier des esclaves, lorsque la vue des firmans qu'il
tenait de Méhémet-Ali et d'Ibrahim-Pacha, changea complètement la
scène. Loin d'aller en prison comme il en était menacé, le voyageur fut
emmené chez l'aga, qui voulut le loger et lui faire don d'une jeune
esclave.
«Cette traversée de vingt à vingt-cinq jours, dit M. Vivien de
Saint-Martin, entre le Nil et la mer Rouge, était la première qu'un
Européen eût jamais effectuée. Elle a valu à l'Europe les premières
informations précises que l'on ait eues sur les tribus, en partie
nomades, en partie sédentaires, de ces cantons. Les observations de
Burckhardt sont d'un intérêt soutenu. Nous connaissons peu de lectures
plus substantiellement instructives et, cependant, plus attachantes.»
Burckhardt put s'embarquer, le 7 juillet, sur un bateau du pays et
gagner onze jours plus tard Djeddah, qui est comme le port de la Mecque.
Djeddah est bâtie au bord de la mer et entourée de murs impuissants
contre l'artillerie, mais qui suffisaient parfaitement à la défendre
contre les Wahabites. Ceux-ci, qu'on a qualifiés de «puritains de
l'islamisme», forment une secte dissidente, dont la prétention était de
ramener le mahométisme à sa simplicité primitive.
«Une batterie, dit Burckhardt, garde l'entrée du côté de la mer et
commande tout le port. On y voit sur son affût une énorme pièce
d'artillerie qui porte un boulet de cinq cents livres et qui est si
célèbre sur tout le golfe Arabique que sa seule réputation est une
protection pour Djeddah.»
Un des grands inconvénients de cette ville, c'est son manque d'eau
douce, qu'il faut aller tirer de puits situés à près de deux milles
de là. Sans jardins, sans végétaux, sans dattiers, Djeddah, malgré sa
population de douze à quinze mille âmes,--chiffre que vient doubler
la saison du pèlerinage,--présente un aspect absolument original. Sa
population est loin d'être autochtone; elle se compose d'indigènes de
l'Hadramazt, de l'Yemen ou d'Indiens de Surate et de Bombay, de Malais,
qui, venus en pèlerinage, ont fait souche dans la ville.
Au milieu de détails très minutieux sur les mœurs, la manière de
vivre, le prix des denrées, le nombre des marchands, on rencontre dans
le récit de Burckhardt plus d'une anecdote intéressante.
Parlant des usages singuliers des habitants de Djeddah, le voyageur
dit: «Presque tout le monde a l'habitude d'avaler chaque matin une
tasse à café pleine de «ghi» ou beurre fondu. Ensuite, on boit le
café, ce qui est regardé comme un tonique puissant, et ces gens y
sont tellement habitués depuis leur plus tendre jeunesse, qu'ils se
sentiraient très incommodés s'ils en discontinuaient l'usage. Ceux des
hautes classes se contentent de boire la tasse de beurre, mais ceux des
classes inférieures y ajoutent une demi-tasse de plus, qu'ils aspirent
par les narines, supposant qu'ils empêcheront par là le mauvais air
d'entrer dans leur corps par ces ouvertures.»
Le 24 août, le voyageur quitta Djeddah pour Taïf. Le chemin traverse
une chaîne de montagnes, des vallées aux paysages romantiques et d'une
verdure luxuriante qu'on est tout surpris de rencontrer. Burckhardt y
fut pris pour un espion anglais, étroitement surveillé. Malgré le bon
accueil apparent du pacha, il n'eut aucune liberté de mouvements, et ne
put donner carrière à ses goûts d'observateur.
Taïf est renommée, paraît-il, pour la beauté de ses jardins; ses roses
et ses raisins sont transportés dans tous les cantons du Hedjaz. Cette
ville faisait un commerce considérable et avait atteint une grande
prospérité, avant d'être pillée par les Wahabites.
La surveillance dont Burckhardt était l'objet hâta son départ, et, le 7
septembre, il prenait la route de la Mecque. Très versé dans l'étude du
Coran, connaissant à merveille les pratiques de l'islamisme, Burckhardt
était à même de jouer très sérieusement son rôle de pèlerin. La
première précaution qu'il prit fut de revêtir, comme la loi le prescrit
pour tout fidèle qui entre à la Mecque, «l'ihram,» pièces de calicot
sans couture, l'une enveloppant les reins, l'autre jetée sur le cou et
les épaules. Le premier devoir du pèlerin est d'aller au Temple avant
même de songer à se procurer un gîte. Burckhardt ne manqua pas à cette
prescription, pas plus qu'à l'observation des rites et des cérémonies
ordonnées en pareil cas, toutes choses d'un intérêt spécial, mais, par
cela même, trop restreint pour que nous nous y arrêtions.
«La Mecque, dit Burckhardt, peut être appelée une jolie ville. Ses rues
sont en général plus larges que celles des autres villes de l'Orient.
Ses maisons sont hautes et bâties en pierres; les fenêtres, nombreuses,
s'ouvrant sur les rues, lui donnent un air plus gai et plus européen
qu'à celles d'Égypte ou de Syrie, dont les habitations ne présentent,
à l'extérieur, qu'un petit nombre de fenêtres... Chaque maison a sa
terrasse, dont le sol, revêtu de chaux, est légèrement incliné, de
sorte que l'eau coule par des gouttières dans la rue. Ces plates-formes
sont cachées par de petits murs en parapet; car, dans tout l'Orient,
il est inconvenant pour un homme de s'y montrer, et on l'accuserait
d'y épier les femmes, qui passent une grande partie de leur temps sur
la terrasse de leur maison à y sécher le blé, à étendre le linge et à
d'autres occupations domestiques. La seule place publique de la ville
est la vaste cour de la Grande Mosquée. Peu d'arbres; pas un jardin
ne récrée la vue, et la scène n'est animée que durant le pèlerinage
par une multitude de boutiques bien garnies, que l'on trouve partout.
Excepté quatre ou cinq maisons spacieuses, appartenant au shérif, deux
médressés ou collèges, maintenant convertis en magasins à blé, et la
mosquée, avec quelques bâtiments et des écoles qui y sont attachées,
la Mecque ne peut se vanter d'aucun édifice public, et, à cet égard
peut-être, elle le cède aux autres villes de l'Orient de la même
étendue.»
Les rues ne sont point pavées, et, comme les égouts sont inconnus, il
s'y forme des flaques d'eau et une boue dont rien ne peut donner une
idée.
Quant à l'eau, on ne doit compter que sur celle du ciel, qu'on
recueille dans des citernes, car celle que fournissent les puits est si
saumâtre, qu'il est impossible de l'utiliser.
«A l'endroit où la vallée s'élargit le plus, dans l'intérieur de la
ville, s'élève la mosquée appelée Beithou'llah ou El-Haram, édifice
remarquable seulement à cause de la Kaaba qu'il renferme, car, dans
d'autres villes de l'Orient, il y a des mosquées presque aussi grandes
et bien plus belles.»
Cette mosquée est située sur une place oblongue, entourée à l'est d'une
colonnade à quatre rangs, et le long des autres côtés à trois; les
colonnes sont unies entre elles par des arcades en ogive; de quatre en
quatre, elles supportent un petit dôme enduit de mortier et blanchi au
dehors. Quelques-unes de ces colonnes sont en marbre blanc, en granit
ou en porphyre, mais la plupart sont en pierre ordinaire des montagnes
de la Mecque.
[Illustration: Marchande de pains de Djedda. (-Fac-simile. Gravure
ancienne.-)]
Quant à la Kaaba, elle a été si souvent ruinée et réparée, qu'on n'y
rencontre pas trace d'une antiquité reculée. Elle existait avant la
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
11
12
13
14
15
16
17
18
19
20
21
22
23
24
25
26
27
28
29
30
31
32
33
34
35
36
37
38
39
40
41
42
43
44
45
46
47
48
49
50
51
52
53
54
55
56
57
58
59
60
61
62
63
64
65
66
67
68
69
70
71
72
73
74
75
76
77
78
79
80
81
82
83
84
85
86
87
88
89
90
91
92
93
94
95
96
97
98
99
100
101
102
103
104
105
106
107
108
109
110
111
112
113
114
115
116
117
118
119
120
121
122
123
124
125
126
127
128
129
130
131
132
133
134
135
136
137
138
139
140
141
142
143
144
145
146
147
148
149
150
151
152
153
154
155
156
157
158
159
160
161
162
163
164
165
166
167
168
169
170
171
172
173
174
175
176
177
178
179
180
181
182
183
184
185
186
187
188
189
190
191
192
193
194
195
196
197
198
199
200
201
202
203
204
205
206
207
208
209
210
211
212
213
214
215
216
217
218
219
220
221
222
223
224
225
226
227
228
229
230
231
232
233
234
235
236
237
238
239
240
241
242
243
244
245
246
247
248
249
250
251
252
253
254
255
256
257
258
259
260
261
262
263
264
265
266
267
268
269
270
271
272
273
274
275
276
277
278
279
280
281
282
283
284
285
286
287
288
289
290
291
292
293
294
295
296
297
298
299
300
301
302
303
304
305
306
307
308
309
310
311
312
313
314
315
316
317
318
319
320
321
322
323
324
325
326
327
328
329
330
331
332
333
334
335
336
337
338
339
340
341
342
343
344
345
346
347
348
349
350
351
352
353
354
355
356
357
358
359
360
361
362
363
364
365
366
367
368
369
370
371
372
373
374
375
376
377
378
379
380
381
382
383
384
385
386
387
388
389
390
391
392
393
394
395
396
397
398
399
400
401
402
403
404
405
406
407
408
409
410
411
412
413
414
415
416
417
418
419
420
421
422
423
424
425
426
427
428
429
430
431
432
433
434
435
436
437
438
439
440
441
442
443
444
445
446
447
448
449
450
451
452
453
454
455
456
457
458
459
460
461
462
463
464
465
466
467
468
469
470
471
472
473
474
475
476
477
478
479
480
481
482
483
484
485
486
487
488
489
490
491
492
493
494
495
496
497
498
499
500
501
502
503
504
505
506
507
508
509
510
511
512
513
514
515
516
517
518
519
520
521
522
523
524
525
526
527
528
529
530
531
532
533
534
535
536
537
538
539
540
541
542
543
544
545
546
547
548
549
550
551
552
553
554
555
556
557
558
559
560
561
562
563
564
565
566
567
568
569
570
571
572
573
574
575
576
577
578
579
580
581
582
583
584
585
586
587
588
589
590
591
592
593
594
595
596
597
598
599
600
601
602
603
604
605
606
607
608
609
610
611
612
613
614
615
616
617
618
619
620
621
622
623
624
625
626
627
628
629
630
631
632
633
634
635
636
637
638
639
640
641
642
643
644
645
646
647
648
649
650
651
652
653
654
655
656
657
658
659
660
661
662
663
664
665
666
667
668
669
670
671
672
673
674
675
676
677
678
679
680
681
682
683
684
685
686
687
688
689
690
691
692
693
694
695
696
697
698
699
700
701
702
703
704
705
706
707
708
709
710
711
712
713
714
715
716
717
718
719
720
721
722
723
724
725
726
727
728
729
730
731
732
733
734
735
736
737
738
739
740
741
742
743
744
745
746
747
748
749
750
751
752
753
754
755
756
757
758
759
760
761
762
763
764
765
766
767
768
769
770
771
772
773
774
775
776
777
778
779
780
781
782
783
784
785
786
787
788
789
790
791
792
793
794
795
796
797
798
799
800
801
802
803
804
805
806
807
808
809
810
811
812
813
814
815
816
817
818
819
820
821
822
823
824
825
826
827
828
829
830
831
832
833
834
835
836
837
838
839
840
841
842
843
844
845
846
847
848
849
850
851
852
853
854
855
856
857
858
859
860
861
862
863
864
865
866
867
868
869
870
871
872
873
874
875
876
877
878
879
880
881
882
883
884
885
886
887
888
889
890
891
892
893
894
895
896
897
898
899
900
901
902
903
904
905
906
907
908
909
910
911
912
913
914
915
916
917
918
919
920
921
922
923
924
925
926
927
928
929
930
931
932
933
934
935
936
937
938
939
940
941
942
943
944
945
946
947
948
949
950
951
952
953
954
955
956
957
958
959
960
961
962
963
964
965
966
967
968
969
970
971
972
973
974
975
976
977
978
979
980
981
982
983
984
985
986
987
988
989
990
991
992
993
994
995
996
997
998
999
1000